Ma première réunion du Conseil du Fonds mondial

4. POINT DE VUE
18 Nov 2015

La semaine dernière, j’ai voyagé de Mbabane au Swaziland à Genève en Suisse. Quand j’étais un petit garçon vivant au Swaziland, nous recevions souvent des lettres qui avaient été d'abord envoyées en Suisse. Dans les années 70, personne ne savait où se trouvait le Swaziland. Aujourd’hui, le petit royaume d’Afrique australe a l’un des taux de prévalence VIH les plus élevés du monde. Une partie de la solution est peut-être située à Genève là où le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme est situé. J’y étais en tant qu’invité pour assister à la réunion du Conseil du Fonds mondial les 16 et 17 novembre. Le Fonds mondial est l’un des principaux partenaires dans la lutte contre les trois maladies et sans son soutien, des millions de personnes seraient malades ou décédées.

La réunion s’est tenue dans une opulente salle de conférence de l’hôtel Starling. Il y avait parfois parmi les délégués, femmes et hommes venus du monde entier, un sentiment d’urgence et d’enthousiasme. Les réunions préparatoires du 15 novembre ont consisté en un mélange d’échanges d’informations et de rassemblements entre circonscriptions. Parce que j’étais là sous l’égide d’Aidspan, je n’ai pas eu accès à la plupart de ces réunions. Les briefings étaient cependant un modèle d’efficacité. Des présentations vivantes sur, par exemple, le modèle de financement, suivies par des questions courtes de la part de l’audience et des réponses réfléchies de la part des panelistes.

J’ai formé un certain nombre d’impressions initiales. Celle qui prédomine sans doute est le fait que le Fonds mondial apporte une réponse techniques aux maladies, telles que le Sida qui est une véritable catastrophe en Afrique australe. Nous avons entendu parler de la manière dont les choses devraient se passer dans un monde idéal

Ma perspective, en venant du Swaziland et d’Afrique du Sud, était différente. Il n’y a pas de monde idéal. A cause d’El Nino, l’Afrique australe fait désormais face à la pire sécheresse depuis des décennies. En conduisant dans le Highveld, il était inquiétant de voir à quel point il y avait peu d’herbe à cette période de l’année. Des tourbillons de poussière tournaient sur les champs labourés, emportant la précieuse terre. La pauvreté et la faim vont augmenter. Durant la courte période où j’étais dans la région, le Rand a perdu 7% de sa valeur contre les monnaies internationales. La croissance économique risque de stagner, ce qui pourrait contribuer à encore plus de pauvreté.

Qu’est-ce que cela a à voir avec la réunion du Conseil du Fonds mondial ? Le Fonds est l’un des principaux financiers de la lutte contre le VIH, le paludisme et la TB dans la région. Il façonne aussi les agendas de cette partie du monde et des gens qui s’occupent des questions de santé. La réunion était structurée autour d’un agenda très – peut-être trop – serré; les membres du Conseil étaient assis au centre de la pièce avec leurs équipes et les observateurs sur des chaises en cercle tout autour. Un tiers de l’assistance se trouvait dans une pièce à part où les délibérations étaient retransmises sur grand écran.

L’une des questions clés, c’est l’argent : combien y en a-t-il. Tout le monde a été unanime pour constater que le montant consacré à l’assistance au développement stagne ou baisse. Les Objectifs de développement durable qui doivent démarrer en 2016 ont seulement un objectif relatif à la santé, ce qui signifie que les maladies contre lesquelles lutte le Fonds mondial disparaissent de l’agenda des objectifs du millénaire. De plus, la réunion s’est tenue au moment où des attaques terroristes ont eu lieu à Paris et alors que dure la crise des migrants en Méditerranée. L’argent qui devait être consacré au développement pourrait être reprogrammé à cause de cela.

Pour le Fonds mondial, la question cruciale est de savoir combien d’argent sera collectée durant la reconstitution des ressources prévues pour 2016. Si celle-ci n’est pas un succès, les activités du Fonds mondial devront ralentir. Ce qui signifie que la communication est très importante. L’un des commentaires qui a été fait à propos du modèle d’allocation est que ce modèle devrait être une réponse de santé publique et non pas une question politique. Bien sûr, tout dépendra de l’argent disponible. Le contexte plus général tourne autour de la durabilité et la transition. Cela aussi a été discuté et l’une des préoccupations est que lorsque la transition prend place, les groupes marginaux risquent d’être laissés de côté.

Le genre, les droits de l’homme et les questions sociales ont été soulevés mais pas de manière suffisante, ce qui de nouveau est une indication claire que la réponse apportée à la maladie est trop technique. L’importance du renforcement des systèmes de santé a été reconnue. Les questions de fraude et de corruption ont été abordées, mais il n’y a pas eu de volonté de nommer les pays concernés durant la réunion.

La réunion du Conseil est une sorte de théâtre. Pour la plupart des points présents dans le programme, je n’ai entendu que des discours et non des discussions. Est-ce vraiment le meilleur moyen de mener la lutte contre ces trois maladies mortelles ? Je ne peux répondre à cette question puisque c’était la première réunion à laquelle j’assistais. Je pense cependant que la réunion était trop restreinte. Le Swaziland suscite de la passion, le Swaziland non !

Alan Whiteside est un membre du Conseil d’Aidspan


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