Les immenses défis de l’aide du Fonds mondial au Soudan du Sud

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18 Feb 2014
Comment poursuivre des programmes d’aide quand l’insécurité paralyse tout un pays?

Depuis la mi-décembre 2013, les affrontements interethniques au Soudan du Sud ont déplacé un demi-million de personnes et fait 100 000 réfugiés dans les pays voisins, principalement en Ouganda. L’insécurité et la mobilité des populations ont paralysé une grande partie des programmes d’aide comme ceux financés par le Fonds mondial.

Farhana Zuberi de Population Services International (PSI), le récipiendaire principal du Fonds mondial, affirme que globalement, la guerre a eu peu d'incidence sur la livraison des équipements et médicaments par voie aérienne. “Il y a peut-être eu un délai d'une ou deux semaines lorsque l'aéroport de Juba a été fermé (du 16 au 19 décembre ndlr)”. Cependant, par voie terrestre, de nombreuses zones ont été quasiment entièrement inaccessibles, comme les Etats de Jonglei, Unité, Haut-Nil. “La route du Sud entre Juba et Yei est également risquée pour les camions en raison des bandes armées”, explique Francis Yatta, coordinateur du secrétariat de l’instance de coordination nationale.

A Juba, alors que la plupart des partenaires ont été délocalisés en raison de l'insécurité, tels que le récipiendaire principal et autres ONG sous-récipiendaires, les différents interlocuteurs pour les programmes paludisme et sida soulignent unanimement le manque de réactivité dû à l'impossibilité de décaisser des fonds (pour évaluer les besoins dans les camps de déplacés par exemple), et critiquent également les lenteurs de communication,.

Lors d'une réunion à Nairobi, le 31 janvier dernier, le docteur Riek Lul, président de l'instance de coordination nationale, a estimé que “les programmes de développement doivent se poursuivre en temps de crise, mais un transfert des compétences et des capacités est nécessaire de la part de nos partenaires, afin que les gens sur le terrain puissent surmonter les immenses défis auxquels ils sont confrontés”. Pour Marion Gleixner, gestionnaire de portefeuille du Fonds mondial pour le Soudan du Sud, “si les besoins se font sentir, nous devons réagir, mais nous devons aussi nous assurer que nos programmes existants se poursuivent”.

Le Soudan du Sud présente également des défis immenses en période d'accalmie. La saison des pluies rend les routes souvent non bitumées impraticables, ce qui n'offre qu'une fenêtre réduite de distribution des médicaments et de l'équipement (4 mois). “Cela empêche un système de surveillance efficace à l'échelle du pays, observe Francis Yatta. Au niveau du centre de santé, le personnel risque parfois de relâcher sa vigilance et par exemple, de ne pas renouveler à temps les stocks de médicaments.”

Les capacités dans le pays sont encore faibles, comme l'illustre le fait que le récipiendaire principal soit une organisation caritative internationale (PSI) et non le ministère de la Santé. “Nous n'avons pas l'intention de rester récipiendaire principal pour toujours, répond Farhana Zuberi. C'est pour cette raison que nous avons inclus des formations pour améliorer les capacités dans tous nos programmes”. “Nous avons ouvert des discussions pour que le gouvernement puisse devenir récipiendaire principal de manière conjointe avec des ONG”, ajoute Marion Gleixner du Fonds Mondial. 

Note d’espoir, l’expérience du Fonds mondial dans le plus jeune pays du monde, qui a célébré son indépendance il y a deux ans et demi, pourrait permettre de dégager des enseignements précieux. En effet, le Soudan du Sud est l’un des trois pays (avec le Tchad et la RDC) sélectionnés par le Groupe technique de référence en évaluation du Fonds mondial (Technical Evaluation Reference Group ou TERG) dans le cadre d’une étude indépendante  («Thematic Review of The Global Fund in Fragile States – Framing Document» - PDF, 797 Ko) qui vise à revoir en profondeur la manière dont le Fonds soutient les Etats fragiles tels ceux faisant face à des situations de conflit, de catastrophes naturelles ou dont l’appareil gouvernemental manque de moyens pour gérer l’aide de manière efficace. Cette étude, qui devrait être rendue publique cette année, pourrait inclure des recommandations visant à mettre en place au Fonds mondial des mécanismes de flexibilité mieux adaptés à de telles situations.

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