Financer les Objectifs mondiaux : pourquoi la reconstitution des ressources du Fonds revêt toute son importance pour la réalisation des ODD

1. ANALYSE ET COMMENTAIRES
14 Oct 2015

Alors que les États membres ont adopté l’Agenda 2030 pour le développement durable, la communauté internationale examine à présent la manière dont les dix-sept objectifs peuvent être atteints. Les cibles ambitieuses (169 au total) ont été fixées au terme du processus consultatif le plus ouvert de toute l’histoire des Nations unies, comme certains l’ont appelé. Le même effort collectif sera sans doute nécessaire pour traduire les recommandations issues du dialogue mondial en actions concrètes à l’échelon local.                                       

Les Objectifs de développement durable (ODD), ou Objectifs mondiaux, ont été officiellement adoptés lors du Sommet des Nations unies sur le développement durable qui s’est tenu à New York du 25 au 27 septembre 2015. Les Objectifs mondiaux, qui remplacent les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) portant sur la période 2000-2015, sont fixés pour une durée de 15 ans (2015-2030). Trois OMD étaient des objectifs ayant trait à la santé, dont l’un visait à combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies (OMD 6). Alors que les OMD expirent cette année, l’ONUSIDA et l’OMS ont déclaré que les cibles concernant le sida et le paludisme avaient été atteintes.

Garantir la bonne santé et promouvoir le bien-être

Au vu du succès rencontré, les ODD ne proposent désormais plus aucun objectif spécifique pour le VIH, le paludisme et d’autres maladies. Il y a en revanche un objectif ayant pour ambition de garantir la bonne santé et de promouvoir le bien-être, assorti de neuf cibles. L’une de ces cibles (3.3) vise à mettre fin à l’épidémie de sida, à la tuberculose et au paludisme à l’horizon 2030.

Cet objectif est louable, mais coûteux. Le Groupe de travail des Nations unies sur le financement durable estime que les ODD coûteront au total 17 000 milliards US$; d’autres estiment les besoins en ressources à près de 45 000 milliards US (2 000 à 3 000 milliards US$ par an). Malgré la création d’un Fonds ODD, il existe des écarts importants entre les ressources disponibles et les niveaux d’investissement requis pour atteindre les objectifs fixés. Par exemple, le coût financier pour atteindre l’objectif consistant à éradiquer le sida d’ici 2030 est estimé à 36 milliards US$ par an, soit près du double par rapport au niveau de financement actuel de 19 milliards US$. De même, les investissements mondiaux dans la lutte contre le paludisme devront tripler d’ici 2030 pour atteindre les objectifs d’élimination énoncés. Certains peuvent à raison présumer que les cibles fixées pour atteindre l’objectif zéro ne doivent pas être vues comme le reflet d’investissements rentables ou accessibles dans la plupart des pays pauvres où les trois maladies sont particulièrement répandues. 

La prochaine reconstitution des ressources du Fonds mondial sera essentielle pour aider à combler le manque de financement disponible pour l’ODD 3.3. En fait, certains affirment que la réaction des principaux donateurs constituera l’aspect le plus important de la transition des OMD vers les ODD liés à la santé. Une coalition d’organisations de la société civile appelle à un engagement financier supérieur aux 15 milliards US$ pour 2014-2016.

Même si l’objectif de reconstitution des ressources est revu à la hausse, nombreux sont ceux qui se demandent encore d’où proviendront les fonds. Afin de répondre à ces questions, le Réseau des défenseurs du Fonds mondial (GFAN) a organisé le 28 septembre dernier une conversation sur Twitter, au cours de laquelle Maurine Murenga (Délégation des communautés auprès du Conseil d’administration du Fonds mondial) et Linda Mafu (Responsable du Département du plaidoyer politique et de la société civile au Fonds mondial) ont souligné la nécessité de consolider les engagements financiers en faveur de la santé, mais aussi du Fonds mondial, en vue d’atteindre les Objectifs du développement durable.

Accroître les ressources nationales

Mafu souligne que l’augmentation des financements nationaux constituerait une stratégie clé pour la cinquième reconstitution des ressources du Fonds, mais aussi une part cruciale du financement des Objectifs mondiaux. Le Fonds mondial indique que les pays prioritaires pouvant prétendre à une augmentation des financements nationaux comprennent la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Kenya, le Nigeria, le Pakistan, le Sénégal et la Tanzanie.

Certains participants se sont interrogés sur le rôle joué par le Fonds mondial pour accroître davantage encore les ressources nationales consacrées à la santé. Selon Mafu et Murenga, le Fonds élabore des scénarios économiques, applique des règles strictes en matière de financement de contrepartie et encourage la participation de la société civile au processus d’élaboration des budgets. Mafu note par ailleurs que le Fonds travaille directement avec les gouvernements sur cette question :

La reconstitution des ressources a également une incidence importante sur les cibles des ODD liés à la couverture universelle en matière de santé (CSU) (cible 3.8) et à l’égalité entre les sexes (ODD 5). Lors de la conversation sur Twitter, Mafu et Murenga ont assuré aux participants que la reconstitution des ressources du Fonds mondial revêt également toute son importance pour la réalisation de ces objectifs.

Rencontre de Tokyo

Suite à la rencontre de haut niveau qui s’est tenue en marge du Sommet des Nations unies sur le développement durable, la reconstitution des ressources du Fonds et ses liens avec les ODD atteindra son paroxysme à Tokyo en décembre prochain. Le Fonds organisera une conférence de haut niveau sur la CSU le 16 décembre, suivie d’une réunion préparatoire au lancement de la cinquième reconstitution des ressources le 17 décembre. 

Il est certes important de disposer de fonds suffisants, mais cela ne constitue pas aujourd’hui la meilleure garantie de pérennité des programmes de lutte contre les trois maladies. Dans un article publié sur le blog du Lancet consacré à la santé mondiale, Suzanne Ehlers (Directrice exécutive de Population Action International) et Rosemary Mburu (Directrice exécutive de World AIDS Campaign International) affirment que les ODD sont une occasion unique d’examiner de plus près ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

De même, dans une tribune publiée dans le New England Journal of Medicine, Christopher Murray laisse penser que les nouvelles cibles des ODD liés à la santé sont en totale contradiction avec la rapide transition épidémiologique que traversent bon nombre de pays à revenu intermédiaire. Il conviendra vraisemblablement de bien réfléchir à ce que les nouveaux objectifs signifieront dans des pays aux profils de maladie complètement différents – aller au-delà de toute considération financière liée aux ODD.  


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