Faire entendre sa voix de manière pertinente : la question de la professionnalisation des représentants des populations clés

6. POINT DE VUE
23 Jun 2015

Parmi les recommandations d’un rapport récent sur la représentation des populations clés (RPC) dans les instances de coordination nationale dans six pays africains, Aidspan souligne la nécessité de professionnaliser les représentants des populations clés. « Le fait de s’exprimer souvent ne signifie pas forcément une contribution significative », affirme Aidspan. « Les RPC ont souvent été considérés comme ayant une présence symbolique, leur capacité à contribuer et la qualité de leur participation dans ces instances ne sont pas claires ».

Nous sommes convaincus qu’aider les représentants à contribuer à la gouvernance des programmes soutenus par le Fonds mondial est une condition centrale pour éradiquer le VIH, la tuberculose et le paludisme, maladies qui menacent la santé publique, d’ici 2030.

Les femmes, les jeunes filles, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, les usagers de la drogue par injection, les personnes transgenres, les travailleurs du sexe, les prisonniers, les réfugiés et les migrants, les personnes vivant avec le VIH, les adolescents, les orphelins et les enfants vulnérables… Donner à ces groupes une voix véritable en ouvrant les portes des instances de coordination nationales à leurs représentants est un pas important dans la bonne direction. Mais pour développer leur potentiel et faire une différence, pour être entendus et devenir une vraie force de changement, ils ont besoin de développer de solides compétences.

Un processus d’apprentissage exigeant

Le Fonds mondial doit largement son succès dans la lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme aux extraordinaires contributions des représentants de la société civile à travers le monde. Grâce à leurs efforts incessants dans des environnements extrêmement difficiles, ces pionniers ont redéfini la santé publique internationale et mis les personnes vivant avec la maladie au centre des systèmes sanitaires.

Grâce aux nouvelles règles d’engagement dans les modèles de gouvernance du Fonds mondial, ces activistes très informés passent désormais le relai à une génération de représentants de la société civile dont le degré de préparation varie considérablement ainsi qu’Aidspan le met en évidence dans son rapport. Ces nouveaux arrivants doivent absorber un volume d’informations et de données au sujet du Fonds, de ses partenaires des questions relatives à la santé qui est énorme et à une vitesse accélérée.

Un certain nombre de boîtes à outils, guides, directives, tutoriels et ateliers de formation ont d’ores et déjà été élaborés. Mais ces initiatives louables sont trop éparpillées, développées de manière isolées, écrites avant tout en anglais, parfois en français et en espagnol et ne mettent souvent pas assez l’accent sur les besoins spécifiques des groupes marginalisés et peu éduqués. Soyons honnêtes, combien de représentants de la société civile ont été formés efficacement après des ateliers de formation sporadiques de deux ou trois jours ? Combien d’entre eux ont une bonne connaissance et une compréhension de la mise en œuvre des programme après des sessions d’orientation du Fonds mondial ? L’auto-apprentissange et les ateliers ne peuvent pas par eux-mêmes se substituer à un curriculum adapté et structuré à destination des RPC.

Comme cela a été noté par la délégation des communautés du conseil d’administration dans une étude sur l’implication dans onze pays des populations clés dans le modèle de financement, « Dans les cas où les représentants des communautés avaient reçu un renforcement des capacités sur le long terme, les populations clés ont été à même de soulever des préoccupations, remettre en question les structures existantes du pouvoir et les processus de décision afin d’influencer les résultats finaux. Dans les cas où le renforcement des capacités n’avait pas été fait, les représentants des populations clés ne s’impliquaient que de manière symbolique et faisaient face à une stigmatisation, étaient considérés comme incompétents, ce qui renforçait les préjugés à l’égard des communautés affectées. »

Nos suggestions

Les RPC sont immergés dans leur difficultés au quotidien. Ils ont accès à un large réseau et ont une connaissance intime des besoins et des priorités des communautés les plus difficiles à atteindre. Ils apportent une expertise unique que les autres membres des ICN, qu’ils soient docteurs, académiciens, représentants des gouvernements et autres hauts responsables n’ont pas. Mais pour être le plus efficaces possibles, pour être accepté dans les discussions des ICN et influencer les prises de décision en matière de santé publique de manière crédible, ils doivent apprendre à parler le langage parlé dans les ICN et dans les cercles consacrés à la santé publique. Ils doivent maîtriser les complexités techniques des procédures du Fonds mondial pour parler couramment le jargon des décideurs pour bien représenter les intérêts de leurs groupes. Et cela ne peut se produire qu’avec une stratégie de renforcement des capacités sur le long terme.

Nous voyons quatre composantes principales pour un tel curriculum, qui pourrait consister en un programme de formation des formateurs pour communiquer avec les membres des communautés marginalisées dans leur propre langage.

La gestion de programme depuis son élaboration jusqu’à l’évaluation est un secteur où les RPC et les communautés peuvent apporter une vraie innovation, notamment dans le suivi et l’évaluation de la qualité des programmes. La bonne gouvernance de leurs propres organisations est une autre composante essentielle de leur crédibilité. Le plaidoyer est une troisième dimension qui nécessite des compétences spécifiques, surtout dans le contexte de multipartenariats internationaux. Pour développer et mettre en œuvre des stratégies efficaces qui peuvent attirer l’attention ou jouer un rôle de surveillance constructif, les RPC doivent être capable de faire des évaluations des besoins basées sur des données solides, des évaluations des systèmes de prestation de service, notamment public.

La maîtrise de l’information est cruciale. Pour continuer à apprendre, les RPC doivent disposer de compétences indispensables pour se retrouver dans une vaste quantité de ressources (sites web, réseaux sociaux, listes courriel, bases de données, etc). Cela est crucial pour mettre en place leurs réseaux, comprendre où se situent leurs priorités et pour garder un œil sur les développements les plus importants dans leur domaine d’intérêt, tout en évitant d’être submergés par ce flot d’information.

Comment faire

Par où commencer ? Quand les besoins sont tellement vastes, que les groupes en question sont si dispersés à travers le monde, parlant des langues différentes et ayant des niveaux d’éducation et une compréhension du Fonds mondial qui varient beaucoup, vivant dans des contextes culturels différents, former les RPC semble un défi énorme. De plus, en raison d’abus passés, le Fonds mondial et les donateurs internationaux sont, de manière compréhensible, réticents à se lancer dans de nouvelles initiatives de formation.

Nul besoin de réinventer ce qui existe déjà. Une partie de la solution réside dans le réseau Internet qui offre de manière peu coûteuse et fiable un moyen de fournir des formations certifiées dans de multiples langues sans que les participants n’aient à payer. Ces services, appelés cours ouverts et gratuits en lignes sont adaptés à une audience variée et globale et sont le moyen le plus souple pour atteindre des individus distants les uns des autres et leur permettre de suivre les cours à leur rythme, et la possibilité de leur offrir un espace pour discuter avec leurs pairs à travers le monde. Dans un contexte global, même si la formation face à face reste indispensable pour fournir un soutien plus ciblé, les cours en lignes constitue un moyen extraordinaire d’atteindre de larges groupes, de faire un suivi de leurs résultats et d’éviter les problèmes de formations trop coûteuses et peu efficace.

Dans un contexte global, même si la formation face à face reste indispensable pour fournir un soutien plus ciblé, les cours en ligne constituent un moyen extraordinaire pour fournir une formation à des groupes très larges, faire un suivi de leurs résultats sans les problèmes de coût et d’inefficacité. Des solutions peuvent être aisément trouvées aux lacunes de connaissance et de compétences des RPC ainsi que la manière d’élaborer un programme qui est adapté à leurs besoins. Pour le Fonds mondial et ses partenaires, c’est surtout une question d’en faire une priorité et d’investir dans le developpement d’un curriculum qui ait un impact maximum et de manière coordonnée.

Les leaders communautaires et les RPC représentent des ressources humaines encore inexploitées pour les efforts présents et futurs en matière de santé publique. En réunissant des initiatives de renforcement des capacités et les possibilités qu’offre internet, la formation en santé publique pour les RPC est à notre portée. Si nous voulons vraiment combattre la maladie, ne nous arrêtons pas à mi-chemin et aidons les à renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent se faire entendre.

Hélène Rossert, défenseuse du Fonds mondial depuis sa création est l’ancienne vice-présidente du Conseil d’administration (2004-2005), a été une organisatrice communautaire dans le domaine du SIDA/VIH pendant plus de vingt ans et fournit actuellement un soutien technique aux ICN. Elle est joignable sur hrbconsult@gmail.com. Robert Bourgoing, un ancien responsable des communications en ligne au Fonds mondial est un militant pour la transparence de l’aide, un formateur, un journaliste, un blogueur et un avocat de formation. Il peut être joint à robert@bourgoing.com. Les opinions contenues dans ce commentaire sont uniquement les leurs. 


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