« On n’est pas au courant de ce qui se passe »

19 Apr 2016
Comment les parties prenantes sont impliquées dans programmes régionaux du Fonds mondial au Botswana

Quand on parle des programmes régionaux du Fonds mondial en Afrique, le Botswana est un pays particulièrement apprécié. Actuellement, cinq programmes régionaux incluent ce pays, deux sur le VIH, deux sur la TB et l’un sur le paludisme, tous étant issus de la première vague des notes conceptuelles (voir le tableau).

Tableau: programmes régionaux incluant le Botswana

Nom
Maladie concernée
Montant (en millions de dollars US)
Date de l’approbation de la subvention
Récipiendaire principal
Pays couverts
KP REACH
VIH
11.5 m
11 oct 2015
Hivos Regional Office for Southern Africa (ROSAF)
Botswana, Lesotho, Malawi, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Zambie, Zimbabwe.
Eliminer les obstacles juridiques
VIH
10.5 m
11 oct 2015
PNUD
Botswana, Côte d’Ivoire, Kenya, Malawi, Nigeria, Senegal, Seychelles, Tanzanie, Ouganda, Zambie
TB dans les mines
TB
30.0 m
23 dec 2015
Wits Health Consortium
Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe.
Projet de laboratoire régional TB
TB
6.1 m
11 oct 2015
East, Central & Southern Africa Health Community (ECSA HC)
Botswana, Burundi, Erythrée, Kenya, Lesotho, Malawi, Île Maurice, Mozambique, Namibie, Rwanda, Seychelles, Somalie, Soudan du Sud, Swaziland, Tanzanie, Ouganda, Zambie, Zimbabwe
Elimination 8
Paludisme
17.8 m
10 sep 2015
 
Secrétariat E8
Angola, Botswana, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud Swaziland, Zambie, Zimbabwe.

 

Avec un nombre aussi élevé de programmes régionaux impliquant un pays, les difficultés sont inévitables. Cet article offre un aperçu des points de vue des parties prenantes du Fonds mondial dans le pays vis à vis de ces programmes régionaux dans le pays.

Si les cinq programmes incluent le Botswana, aucun des récipiendaires principaux ne sont situés dans ce pays. ROSAF est au Zimbabwe, le PNUD en Ethuopie, Wits en Afrique du Sud, ECSA HC en Tanzanie et le Secrétariat E8 en Namibie.

Connaissance des programmes

Dans une étude récente menée par EANNASO, la société civile et les communautés estiment avoir des lacunes de connaissance concernant les programmes régionaux. Ils ajoutent que la société civile et les communautés participent moins dans les consultations préalables au développement des notes conceptuelles régionales par rapport aux consultations pour les notes conceptuelles nationales.

Lors d’entretiens effectués au Botswana, des informateurs clés ont confirmé ce point de vue.

Approbation par l’ICN

Avant qu’une note conceptuelle régionale ne soit soumise au Fonds mondial, chaque pays qui fait partie du programme proposé doit l’approuver à travers un vote dans l’ICN. Ce processus est censé également comprendre une explication aux membres de l’ICN sur l’objectif de ce programme, la manière dont le pays est impliqué et comment le pays en bénéficiera (y compris comment les données sur les résultats seront partagées). Cependant, certaines parties prenantes mettent en question la qualité de cet engagement.

« Les notes conceptuelles régionales nous tombent dessus sans qu’on nous informe à leur sujet et nous sommes censés les approuver », affirme Harriet Pedersen de la Commission Européenne, membre de l’ICN et représentant les partenaires bi et multi-latéraux.

Jerome Mafeni, le directeut de l’organisation African Comprehensive HIV/AIDS Partnerships, et représentant de la société civile au sein de l’ICN va dans le même sens. « Toutes les subventions régionales sont développées sans notre contribution et ensuite, on nous les soumet en nous disant « merci de les approuver », affirme-t-il. « La réflexion et le dialogue qui doivent avoir lieu en amont dans tous les pays avant même que la proposition soit développée n’ont pas lieu. »

Communication

Une fois qu’une subvention régionale est approuvée, il est difficile de garder des canaux de communication clair et réguiier entre les récipiendaires principaux et les pays qui participent. La communication est importante pour maintenir les pays informés au sujet des progrès de la mise en œuvre. « Nous ne savons pas ce qui se passe. Nous ne savons pas quand espérer avoir des informations », affirme Junior Molefe de l’organisation Men for Health and Gender Justice. « Bien que nous soyons nous-mêmes des partenaires de ces organisations régionales, nous sommes contraints d’attendre de recevoir des informations ».

Nana Gleeson, du Botswana Network on Ethics, Law and HIV and AIDS (BONELA), estime que « si le Fonds mondial est vraiment sérieux concernant la surveillance au niveay communautaire, il faut que les gens soient informés de ce qui se passe et ils doivent recevoir les informations nécessaires pour analyser et donner leur point de vue. Mais cela n’arrive jamais. On n’est pas au courant de ce qui se passe».

Certaines parties prenantes soulignent que ce qui doit être communiqué dépend du programme et de la manière dont le pays est impliqué. Par exemple, un membre de l’ICN Harriet Pedersen suggère que la communication sur les programmes régionaux soit mesuré à l’aune de la capacité des parties prenantes au niveau des pays à s’engager de manière significative. « Si les organisations communautaires n’ont pas accès aux financements, ou ne peuvent influencer le concept du programme ou la manière dont il est mis en œuvre dans leur communauté, elles n’ont pas besoin d’être informées. »

Selon Botshelo Kgwaadira, directeur du programme national de lutte contre la TB au Botswana et membre du mécanisme de coordination régional (MCR) pour la subvention TB dans les mines, les organisations communautaires n’ont souvent pas l’occasion d’être impliquées. « Dans les subventions régionales, si vous regardez les modules qui sont dedans, ils ne laissent pas beaucoup de place aux organisations communautaires. »

Maatla Otsogile, du Secrétariat de l’ICN affirme qu’il y a parfois des occasions pour les parties prenantes au niveau national, y compris les organisations de la société civile d’accéder au sous-subventions à travers les programmes régionaux du Fonds mondial. Par exemple, l’ICN a distribué des appels à projets des sous-récipiendaires pour Elimination 8 et le programme de lutte contre la TB dans les mines à tous les membres de l’ICN, mais ceux-ci ne partagent pas toujours l’information avec leur circonscription. « Le problème est que nos représentants ne partagent pas l’information », affirme Otsogile. « Si l’information reste bloquée au niveau de l’ICN, cela empêche d’élargir l’engagement pour les programmes régionaux ».

 

Coordination

Les parties prenantes au Botswana estiment qu’il est nécessaire d’améliorer la coordination, à la fois dans les subventions régionales ainsi que dans la mise en œuvre au niveau national et régional. « Parfois, il y a des duplication », déclare le membre du mécanisme régional de coordination Botshelo Kgwaadira. « Lorsque nous élaborions la note conceptuelle pour la TB dans les mines, il n’y a jamais eu de référence au projet régional de laboratoire ECSA. »

Cindy Kelemi, directrice exécutive à BONELA observe qu’il « est vital d’avoir une approche bien coordonnée lorsque des programmes similaires sont mis en œuvre au niveau national et régional ». Oscar Motsumi, le directeur exécutif du Botswana Network of AIDS Service Organizations ajoute « Cela concerne aussi l’intégrité des données. Parce qu’il n’y a pas de coordination, les comptages se font deux fois, trois fois, et il y a des duplications ».

Conclusion

Pour que les programmes régionaux aient des résultats significatifs, l’implication des parties prenantes au niveau national doit être améliorée. « il faut des partenaires au niveau des pays pour aider », estime Nana Gleeson de BONELA. La plupart des programmes décrits dans cet article viennent tout juste de commencer, les parties prenantes au Botswana sont donc optimistes sur la suite. Cependant, il est crucial de surveiller la manière dont les programmes régionaux communiquent avec les acteurs nationaux afin d’assurer que les investissements au niveau régional atteignent leurs objectifs : soigner le plus de gens sur le terrain.

L’auteur, Gemma Oberth est une consultante d’assistance technique pour la plate-forme régionale pour la communication et la coordination pour l’Afrique Anglophone (accueillie par EANNASO). Les entretiens de cet article ont été menés par EANNASO en avril 2016 à Gaborone au Botswana. Des entretiens supplémentaires sont en cours au Mozambique, au Nigeria et en Ouganda. La recherche est financée par le Fonds mondial dans le cadre de l’Initiative Spéciale CRG. EANNASO a partagé certaines de ces conclusions avec Aidspan et a donné l’autorisation à Aidspan de publier certains résultats avant la publication du rapport complet.

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